Félicien Rops ........................Tentation de Saint-Antoine

Publié le par Antonins

                                             Le sujet de la Tentation de Saint-Antoine
est l'un des mythes les plus anciens de la religion chrétienne qui inspira de grands artistes.



"Le sujet est facile à comprendre; le bon Saint Antoine, poursuivi par les visions libidineuses, se précipite vers son prie-Dieu, mais pendant ce temps-là, Satan - un drôle de moine rouge - lui fait une farce; il lui a ôté son Christ de la croix et l'a remplacé par une belle fille, comme les diables qui se respectent en ont toujours sous la main. Tout cela au fond n'est qu'un prétexte à peindre d'après nature une belle fille qui nous faisai
1878-Rops-Felicien-La-tentation-de-saint-Antoine.jpgt manger, il y a un an déjà! des oeufs à la tripe, à la mode de Touraine et qui, pour la première fois et après bien des insistances a bien voulu poser pour son vieux Fély, comme la princesse Borghèse a posé pour Canova. Je n'ai changé que les cheveux..."

"Surtout éloigne de la tête des gens toute idée d'attaque à la religion ou d'éroticité. Une belle fille comme la mignonne que tu connais, peut être portraicturée (sic) sans aucune idée de lubricité. Quant à la religion, elle n'est point attaquée. Lorsque Goya fait enlever le Saint-Sacrement par Lucifer, il n'a pas plus d'idées antireligieuses que moi..."


"Voici à peu près ce que je voulais faire dire au bon Antoine par Satan (...) Je veux te montrer que tu es fou mon bon Antoine, en adorant tes abstractions! Que tes yeux ne cherchent plus dans les profondeurs bleues le visage de ton Christ, ni celui des Vierges incorporelles! Tes Dieux ont suivi ceux de l'Olympe (...) Mais Jupiter et Jésus n'ont pas emporté l'éternelle Sagesse, Vénus et Marie l'éternelle Beauté! Mais si les Dieux sont partis, la Femme te reste et avec l'amour de la Femme l'amour fécondant de la Vie".


                    
Cabinet des Estampes
 Bibliothèque royale Albert Ier, Bruxelles, inv. n°SI23043
de 1878 : 737 x 544 mm


Naissance à Namur, le 7 juillet 1833, de Félicien Joseph Victor Rops,il meurt le 23 août 1898




Musée Félicien Rops. Situé dans un hôtel de maître du vieux Namur, le musée dédié à Félicien Ropsprésente, au travers de nombreuses gravures, dessins et peintures, les différentes facettes de l'oeuvre de l'artiste. Son enfance à Namur, sa formation à Paris et ses rencontres avec les intellectuels de l'époque (Baudelaire, Nadar...), sont autant d'éléments abordés permettant de comprendre l'évolution de la démarche artistique de Rops. Rappelant Daumier par son sens mordant de la caricature et annonçant Toulouse-Lautrec par son naturalisme, il déploie particulièrement dans ses illustrations une imagination fantastique, souvent morbide ou érotique. Cette pratique      s'explique par les tendances démoniaques qui enveloppent un certain symbolisme littéraire. La muséologie du musée, récemment repensée, met également en avant, de manière ludique, les aspects techniques de l'oeuvre de Félicien Rops.
Rops-studie.jpg                                                                                                         étude
Etude : Psychanalyse-paris
« D’autres peintres, dont la pénétration psychologique était moindre, ont placé dans des représentations analogues de la tentation le péché insolent et triomphant quelque part à côté du Sauveur sur la croix. Seul Rops lui a fait prendre la place du Sauveur lui-même sur la croix ; il paraît avoir su que le refoulé, lors de son retour, surgit de l’instance refoulante elle-même » (S. Freud, Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen, Gallimard, Paris, 1986, pp. 173-174).


Gustave Flaubert

La Tentation de Saint-Antoine 

Chapitre troisième (version 1874)


« ANTOINE
- Au contraire ! L’homme, étant esprit, doit se retirer des choses mortelles. Toute action le dégrade. Je voudrais ne pas tenir à la terre, - même par la plante de mes pieds !
HILARION
- Hypocrite qui s’enfonce dans la solitude pour se livrer mieux au débordement de ses convoitises ! Tu te prives de viandes, de vin, d’étuves, d’esclaves et d’honneurs ; mais comme tu laisses ton imagination t’offrir des banquets, des parfums, des femmes nues et des foules applaudissantes ! Ta chasteté n’est qu’une corruption plus subtile, et ce mépris du monde l’impuissance de ta haine contre lui ! C’est là ce qui rend tes pareils si lugubres, ou peut-être parce qu’ils doutent. La possession de la vérité donne la joie. Est-ce que Jésus était triste ? Il allait entouré d’amis, se reposait à l’ombre de l’olivier, entrait chez le publicain, multipliait les coupes, pardonnant à la pécheresse, guérissant toutes les douleurs. Toi, tu n’as de pitié que pour ta misère. C’est comme un remords qui t’agite et une démence farouche, jusqu’à repousser la caresse d’un chien ou le sourire d’un enfant.
ANTOINE éclate en sanglots.
- Assez ! Assez ! Tu remues trop mon cœur !
HILARION
- Secoue la vermine de tes haillons ! Relève-toi de ton ordure ! Ton Dieu n’est pas un Moloch qui demande de la chair en sacrifice ! » (G. Flaubert, La tentation de Saint Antoine).

Publié dans St'ArtsTau

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