LE MOTIF DES CONSTRUCTIONS DU DIABLE

Publié le par Antonins

Introduction :
A l’ère chrétienne, le Diable reprend une partie de l’héritage mythologique gréco-latin : la
description de l’Enfer avec ses lieux de tourments rappelle à la fois le Tartare où les grands
criminels peinaient dans des supplices éternels (Tantale, Sisyphe, Prométhée…) et les forges
d’Héphaïstos (Vulcain) où oeuvraient les Cyclopes :

« Respicit Aeneas subito et sub rupe sinistra
Moenia lata videt, triplici circumdata muro,
quae rapidus flammis ambit torrentibus amnis […].
Hinc exaudiri gemitus et saeva sonare
Verbera, tum stridor ferri tractaeque catenae. »

« Brusquement, Enée regarde derrière lui et voit, sous un roc, à gauche, une large muraille
entourée d’un triple mur qu’encercle de ses ardentes flammes un fleuve impétueux. […] Sortant
de là on entend des gémissements, et la résonance de cruels coups de fouet et du grincement du
fer et de chaînes que l’on traîne. »

Virgile, L’Eneide, VI, 548 sqq.Ainsi se christianisent des mythes païens, le plus célèbre étant peut-être celui de Prométhée volant le feu de l’Olympe pour le donner aux hommes, relayé par Saint-Antoine, lequel vole de la même façon dans une férule le feu de l’Enfer pour l’apporter aux hommes :

 « Ἀλλά μιν ἐξαπάτησεν ἐὺς πάις Ἰαπετοῖο κλέψας ἀκαμάτοιο πυρὸς τηλέσκοπον αὐγὴν ἐν κοΐλῳ νάρθηκι· δάκεν δέ ἑ νειόθι θυμόν, Ζῆν᾽ ὑψιβρεμέτην, ἐχόλωσε δέ μιν φίλον ἦτορ, ὡς ἴδ᾽ ἐν ἀνθρώποισι πυρὸς τηλέσκοπον αὐγήν. (v. 565-569) Δῆσε δ᾽ ἀλυκτοπέδῃσι Προμηθέα ποικιλόβουλον δεσμοῖς ἀργαλέοισι μέσον διὰ κίον᾽ ἐλάσσας· καί οἱ ἐπ᾽ αἰετὸν ὦρσε τανύπτερον· αὐτὰρ ὅ γ᾽ ἧπαρ ἤσθιεν ἀθάνατον, τὸ δ᾽ ἀέξετο ἶσον ἁπάντη νυκτός, ὅσον πρόπαν ἦμαρ ἔδοι τανυσίπτερος ὄρνις. »
(v. 521-525)

« Mais le brave fils de Japet sut le (Jupiter) tromper une fois encore : dans le creux d’une férule, il dissimula un tison du feu divin et le rapporta avec lui sur la terre pour en faire don aux hommes. Lorsque Zeus vit briller au milieu des mortels l’éclatante lueur du feu, il fut profondément blessé en son coeur. […]
 Alors, au fût d’une colonne, il enchaîna inextricablement Prométhée aux pensers bigarrés et lâcha sur lui un aigle aux ailes déployées. L’aigle lui dévorait le foie immortel qui se reformait pendant la nuit aussi grand qu’il avait été dévoré, le jour, par l’oiseau aux longues ailes. » Hésiode, Théogonie, (v. 565-569 et v. 521-525).

 Résumé :
Saint Antoine se présente à la porte de l’Enfer avec un petit cochon et sa férule :
 « Ouvrez-moi, j’ai froid et je veux me réchauffer. ». Les diables entrouvrent la porte juste pour laisser passer le cochon et laissent le saint dehors. Mais le cochon sème le désordre dans l’Enfer et il faut bien laisser entrer le saint pour le calmer. Saint-Antoine use alors de son bâton pour taper sur les diables qui le jettent au feu. Le cochon recommence à courir partout et il faut bien rendre le bâton au Saint pour calmer encore le cochon. « Or ce bâton était une férule, bois qui a une moelle spongieuse : pour peu qu’une étincelle ou une escarbille s’y mette, la moelle continue à brûler en dedans, sans que l’on s’en aperçoive.
C’est ainsi que les diables ne virent guère que Saint-Antoine avait le feu dans son bâton. Et quand le saint, après les avoir sermonnés, s’en alla avec son bâton et son cochonnet, les diables poussèrent un grand soupir de soulagement. Saint-Antoine, dès qu’il fut dehors, dans l’air libre du monde, leva son bâton avec le bout en feu et, faisant des moulinets, comme donnant sa bénédiction, distribua des étincelles de tous les côtés. […]
C’est à partir de ce jour que, au grand contentement des hommes, il y eut le feu sur la terre.
 Et Saint-Antoine put retourner méditer dans son désert. »

source: http://www.crdp-montpellier.fr/languesregionales/catalan/ressources/PLR/PLR_4e3e-F3.pdf
fiche n°3

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