Christoph Eschenbach, l’âme de l’artiste. Mathis le peintre de Paul Hindemith

Publié le par Antonins

Première pour le chef d’orchestre allemand Christoph Eschenbach. L’ancien patron de l’Orchestre de Paris dirige cette fois l’Orchestre de l’Opéra dans Mathis le peintre de Paul Hindemith qui fait son entrée au répertoire de la Bastille. Le maestro s’enthousiasme pour cette partition exaltant la confrontation de l’âme de l’artiste avec la politique.
 


Le 15/11/2010
Propos recueillis par Nicole DUAULT
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Quelles sont vos premières impressions de la Bastille, et de l’Orchestre de l’Opéra de Paris ?

Elles sont excellentes. L’orchestre est discipliné et maîtrise admirablement la partition d’Hindemith qui n’est pas du tout facile.

  

 

Qu’est-ce qui vous a séduit dans Mathis ?

Nicolas Joel m’a proposé cette œuvre que l’on entend rarement et que j’aime. C’est l’un des chefs-d’œuvre du XXe siècle, peu connu parce que dans les années 1950 et 1960, Hindemith était stigmatisé comme conservateur et régressif. On n’osait pas présenter un opéra si lent, si long et si difficile.

Tout a changé. Aujourd’hui, on reconnaît les valeurs de ce compositeur. Je suis heureux d’être un champion de cette redécouverte. L’Opéra de Paris avait d’ailleurs monté il y a quelques années l’autre opéra d’Hindemith, Cardillac, dont le drame est plus évident et facile.

 



 

Qu’est-ce qui vous a passionné dans cette histoire et cette musique ?

Mathis est le peintre Matthias Grünewald, qui a réellement existé et est l’auteur du Retable d’Issenheim aujourd’hui visible au Musée Unterlinden de Colmar. L’opéra décrit les combats intérieurs de l’artiste, de manière très autobiographique.

Hindemith réglait alors ses problèmes avec la politique nazie et son exil dont il a beaucoup souffert. La confrontation de l’âme d’un artiste avec la politique est le sujet de Mathis. J’ai de l’admiration pour le livret qu’Hindemith a lui-même écrit. C’est plein de moments poétiques. Le monologue de la fin est très émouvant.



Un personnage dit : « À quoi cela sert-il de peindre ? »…

 La réponse est donnée dans l’opéra. L’art peut aller plus loin que la politique. Mathis a raison. Il s’engage par son art qui est plus fort que tout. Regardez le Retable d’Issenheim qui est bouleversant par la manière dont il montre la Passion du Christ. Je suis allé trois fois à Colmar. La première, j’avais dix-huit ans et j’ai été ébloui. Depuis que je répète Mathis, j’ai une reproduction en permanence sur mon piano.





Vous retrouvez dans cette production l’un de vos chanteurs fétiches, Matthias Goerne, qui incarne le rôle-titre.

Nous avons donné d’innombrables récitals avec piano ensemble, mais nous travaillons pour la première fois un opéra. Nous découvrons chaque jour de nouvelles nuances.

 


En quoi la musique d’Hindemith vous touche-t-elle ?

Par le contraste entre le lyrisme et la poésie. C’est un kaléidoscope de styles avec des collages de couleurs, des mélanges de grégorien, de choral luthérien, de chant de l’Église catholique, de chant populaire du XVIe siècle mais aussi de contrepoint du temps de Bach. Tout cela est confondu et se confronte. Il y a des scènes absolument sublimes dans comme le Christ qui se lève vers le ciel dans cette lumière incroyable, le concert des anges, les larmes de Marie Madeleine autour de la croix.



Cet opéra une fresque historique. Comment travaillez-vous avec le metteur en scène Olivier Py ?

Nous travaillons depuis deux ans déjà. C’est un homme ouvert, très musical, plein d’imagination entre époque médiévale et temps modernes.



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